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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 15:04

Jacques de Varazze ou de Voragine,(† 1298) Légende dorée 

Traduction de l’abbé Roze, 1902.

Les numéros ne sont pas de l'abbé Roze, ils segmentent le récit en unités narratologiques.

 

 

0. Christophe, avant son baptême, se nommait Réprouvé, mais dans la suite il fut appelé Christophe, comme si on disait : qui porte le Christ, parce qu'il porta le Christ en quatre manières : sur ses épaules, pour le faire passer; dans son corps, par la macération ; dans son coeur, par la dévotion et sur les lèvres, par la confession ou prédication.

 

1.Christophe  était Chananéen; il avait une taille gigantesque, un aspect terrible, et douze coudées de haut. 2.D'après ce qu'on lit en ses actes, un jour qu'il se trouvait auprès d'un roi des Chananéens, il lui vint à l’esprit de. chercher quel était le plus grand prince du monde, et de demeurer près de lui. 3.Il se présenta chez un roi très puissant qui avait partout la réputation de n'avoir point d'égal en grandeur. Ce roi en le voyant l’accueillit avec bonté et le fit rester à sa cour. 4.Or, un jour, un jongleur chantait en présence du roi une chanson où revenait souvent le nom du diable ; le roi, qui était chrétien, chaque fois qu'il entendait prononcer le nom de quelque diable, faisait de suite le signe de croix sur sa figure. 5. Christophe, qui remarqua cela, était fort étonné de cette action, et de ce que signifiait un pareil acte. Il interrogea le roi à ce sujet 6. et celui-ci ne voulant pas le lui découvrir, 7. Christophe ajouta : « Si vous ne me le dites, je ne resterai pas plus longtemps avec vous. » 8. C'est pourquoi le roi fut contraint de lui dire : « Je me munis de ce signe, quelque diable que j'entende nommer, dans la crainte qu'il ne prenne pouvoir sur moi et ne me nuise. »9.Christophe lui répondit : « Si vous craignez que le diable ne vous nuise, il est évidemment plus grand et plus puissant que vous ; la preuve en est que vous en avez une terrible frayeur. Je suis donc bien déçu dans mon attente; je pensais avoir trouvé le plus grand et le plus puissant seigneur du monde; mais maintenant je vous fais mes adieux, car je veux chercher le diable lui-même, afin de le prendre pour mon maître et devenir son serviteur.» 10. Il quitta ce roi et se mit en devoir de chercher le diable. Or, comme il marchait au milieu d'un désert, il vit une grande multitude de soldats, dont l’un, à l’aspect féroce et terrible, vint vers lui 11. et lui demanda où il allait. Christophe lui répondit: «Je vais chercher le seigneur diable, afin de le prendre pour maître et seigneur. » Celui-ci lui dit: « Je suis celui que tu cherches. » Christophe tout réjoui s'engagea pour être son serviteur à toujours et le prit pour son seigneur. 12.Or, comme ils marchaient ensemble, ils rencontrèrent une croix élevée sur un chemin public. Aussitôt que le diable eut aperçu cette croix, il fut effrayé, prit la fuite et, quittant le chemin, il conduisit Christophe à travers un terrain à l’écart et raboteux, ensuite il le ramena sur la route. 13. Christophe, émerveillé de voir cela, lui demanda pourquoi il avait manifesté tant de crainte, lorsqu'il quitta la voie ordinaire, pour faire un détour, et le ramener ensuite dans le chemin. 14.Le diable ne voulant absolument pas lui en donner le motif, 15. Christophe dit : «Si vous ne me l’indiquez, je vous quitte à l’instant. » 16. Le diable fut forcé de lui dire : « Un homme qui s'appelle Christ fut attaché à la croix ; dès que je vois l’image de sa croix, j'entre dans une grande peur, et  m’enfuis effrayé. » 17. Christophe lui dit : « Donc ce Christ est plus grand et plus puissant que toi, puisque tu as une si grande frayeur en voyant l’image de sa croix? J'ai donc travaillé en vain, et n'ai pas encore trouvé le plus grand prince du monde. Adieu maintenant, je veux te quitter et chercher ce Christ. »

18. Il chercha longtemps quelqu'un qui lui donnât des renseignements sur le Christ ; enfin il rencontra un ermite qui lui prêcha J.-C. et qui l’instruisit soigneusement de la foi. 19. L'ermite dit à Christophe : « Ce roi que tu désires servir réclame cette soumission : c'est qu'il te faudra jeûner souvent.» 20. Christophe lui répondit : « Qu'il me demande autre chose, parce qu'il  m’est absolument impossible de faire cela.» 21 « Il te faudra encore, reprend l’ermite, lui adresser des prières. » 22.« Je ne sais ce que c'est, répondit Christophe, et je ne puis me soumettre à cette exigence.» 23. L'ermite lui dit: « Connais-tu tel fleuve où bien des passants sont en péril de perdre la vie? » « Oui », dit Christophe. L'ermite reprit: « Comme tu as une haute stature et que tu es fort robuste, si tu restais auprès de ce fleuve, et si tu passais tous ceux qui surviennent, tu ferais quelque chose de très agréable au roi J.-C. que tu désires servir, et j'espère qu'il se manifesterait à toi en ce lieu. » 24. Christophe lui dit : « Oui, je puis bien remplir cet office, et je promets que je  m’en acquitterai pour lui.» 25.  Il alla donc au fleuve dont il était question, et s'y construisit un petit logement. Il portait à la main au lieu de bâton une perche avec laquelle il se maintenait dans l’eau ; et il passait sans relâche tous les voyageurs. 26.Bien des jours s'étaient écoulés, quand, une fois qu'il se reposait dans sa petite maison, il entendit la voix d'un petit enfant qui l’appelait en disant : «Christophe, viens dehors et passe-moi. » 27. Christophe se leva de suite, mais ne trouva personne. 28. Rentré chez soi, il entendit la même voix qui l’appelait. 29.Il courut dehors de nouveau et ne trouva personne. 30. Une troisième fois il fut appelé comme auparavant, (31) sortit et trouva sur la rive du fleuve un enfant qui le pria instamment de le passer. 32. Christophe leva donc l’enfant sur ses épaules, prit son bâton et entra dans le fleuve pour le traverser. 33.Et voici que l’eau du fleuve se gonflait peu à peu, l’enfant lui pesait comme une masse de plomb ; il avançait, et l’eau gonflait toujours, l’enfant écrasait de plus en plus les épaules de Christophe d'un poids intolérable, de sorte que celui-ci se trouvait dans de grandes angoisses et craignait de périr. 34. Il échappa à grand peine. Quand il eut franchi la rivière, il déposa l’enfant sur la rive et lui dit : Enfant, tu  m’as exposé à un grand danger, et tu  m’as tant pesé que si j'avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j'aurais eu plus lourd à porter. » 35.L'enfant lui répondit : « Ne t'en étonne pas, Christophe, tu n'as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, auquel tu as en cela rendu service; 36. et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis ta petite maison, et le matin tu verras qu'il a fleuri et porté des fruits, » A l’instant il disparut. 37. En arrivant, Christophe ficha donc son bâton en terre, et quand il se leva le matin, il trouva que sa perche avait poussé des feuilles, et des dattes comme un palmier.38 Il vint ensuite à Samos, ville de Lycie, où il ne comprit pas la langue que parlaient les habitants, 39 et il pria le Seigneur de lui en donner l’intelligence. 40.Tandis qu'il restait en prières, les juges le prirent pour un insensé, et le laissèrent. 41 Christophe, ayant obtenu ce qu'il demandait, 42 se couvrit le visage, vint à l’endroit où combattaient les chrétiens, et il les affermissait au milieu de leurs tourments. 43. Alors un des juges le frappa. au visage, 44 et Christophe se découvrant la figure : 45 « Si je n'étais chrétien, dit-il, je me vengerais aussitôt de cette injure. » 46. Puis il ficha son bâton, en terre en priant le Seigneur de le faire reverdir pour convertir le peuple. 47. Or, comme cela se fit à l’instant, huit mille hommes devinrent croyants. 48. Le roi envoya alors deux cents soldats avec ordre d'amener Christophe par devant lui; 49. mais l’ayant trouvé en oraison ils craignirent de lui signifier cet ordre; 50.le roi envoya encore un pareil nombre d'hommes, qui, eux aussi, se mirent à prier avec Christophe. 51 Il se leva et leur dit : « Qui cherchez-vous? » 52 Quand ils eurent vu son visage; ils dirent : « Le roi nous a envoyés pour te garrotter et t'amener à lui.» 53. Christophe leur dit : « Si je voulais, vous ne pourriez me conduire ni garrotté, ni libre. » 54. Ils lui dirent : « Alors si tu ne veux pas, va librement partout où bon te semblera, et nous dirons au roi que nous ne t'avons pas trouvé. » 55 « Non, il n'en sera pas ainsi, dit-il; j'irai avec vous.» 56. Alors il les convertit à la foi, 57 se fit lier par eux les mains derrière le dos, et conduire au roi en cet état. 58 A sa vue, le roi fut effrayé et tomba à l’instant de son siège. 59. Relevé ensuite par ses serviteurs, il lui demanda son nom et sa patrie. 60 Christophe lui répondit : « Avant mon baptême, je  m’appelais Réprouvé, mais aujourd'hui je me nomme Christophe. » 61. Le roi lui dit : « Tu t'es donné un sot nom, en prenant celui du Christ crucifié, qui ne s'est fait aucun bien, et qui ne pourra t'en faire. Maintenant donc, méchant Chananéen, pourquoi ne sacrifies-tu pas à nos dieux? » 62 Christophe lui dit : « C'est à bon droit que tu t'appelles Dagnus  , parce que tu es la mort du monde, l’associé du diable; et tes dieux sont l’ouvrage de la main des hommes. 63.Le roi lui dit : « Tu as été élevé au milieu des bêtes féroces ; tu ne peux donc proférer que paroles sauvages et choses inconnues des hommes. Or, maintenant, si tu veux sacrifier, tu obtiendras de moi de grands honneurs, sinon, tu périras dans les supplices. » 64. Et comme le saint ne voulut pas sacrifier, Dagnus le fit mettre en prison; 65. quant aux soldats qui avaient été envoyés à Christophe, il les fit décapiter pour le nom de J.-C. 66. Ensuite il fit renfermer avec Christophe dans la prison deux filles très belles, dont l’une s'appelait Nicée et l’autre Aquilinie, leur promettant de grandes récompenses, si elles induisaient Christophe à pécher avec elles. 67.A cette vue, Christophe se mit tout de suite en prière. 68 Mais comme ces filles le tourmentaient par leurs caresses et leurs embrassements, 69 il se leva et leur dit : « Que prétendez-vous et pour quel motif avez-vous été introduites ici? ». 70. Alors elles furent effrayées de l’éclat de son visage et dirent : «Ayez pitié de nous, saint homme, afin que nous puissions croire au Dieu que vous prêchez. » 71.Le roi, informé de cela, se fit amener ces femmes et leur dit : « Vous avez donc aussi été séduites. Je jure par les dieux que si vous ne sacrifiez, vous périrez de malemort. » 72. Elles répondirent : « Si tu veux que nous sacrifiions, commande qu'on nettoie les places et que tout le monde s'assemble au temple. » 73. Quand cela fut fait, et qu'elles furent entrées dans le temple, elles dénouèrent leurs ceintures, les mirent au cou des idoles qu'elles firent tomber et qu'elles brisèrent; 74 puis elles dirent aux assistants : « Allez appeler des médecins pour guérir vos dieux.. » 75. Alors par l’ordre du roi, Aquilinie est pendue; puis on attacha à ses pieds une pierre énorme qui disloqua tous ses membres. 76.Quand elle eut rendu son âme au Seigneur, Nicée, sa soeur, fut jetée dans le feu ; 77. mais comme elle en sortit saine et sauve, 78.elle fut tout aussitôt après décapitée.79. Après quoi Christophe est amené en présence du roi qui le fait fouetter avec des verges de fer ; 80.un casque de fer rougi au feu est mis sur sa tête ; 81.le roi fait préparer un banc en fer où il ordonne de lier Christophe et sous lequel il fait allumer du feu qu'on alimente avec de la poix. 82.Mais le banc fond comme la cire, et le saint reste sain et sauf. 83.Ensuite le roi le fait lier à un poteau et commande à quatre cents soldats de le percer de flèches : 84. mais toutes les flèches restaient suspendues en l’air, et aucune ne put le toucher. 85.Or, le roi, pensant qu'il avait été tué par les archers, se mit à l’insulter ; 86. tout à coup une flèche se détache de l’air, vient retourner sur le roi qu'elle frappe à l’œil, et qu'elle aveugle. 87.Christophe lui dit : « C'est demain que je dois consommer mon sacrifice; tu feras donc, tyran, de la boue avec mon sang; tu t'en frotteras l’oeil et tu seras guéri. » 88 Par ordre du roi ou le mène au lieu où il devait être décapité; et quand il eut fait sa prière, on lui trancha la tête. 89.Le roi prit un peu de son sang, et le mettant sur son oeil, il dit :  « Au nom de Dieu et de saint Christophe. » Et il fut guéri à l’instant. 90.Alors le roi crut, et porta un édit par lequel quiconque blasphémerait Dieu et saint Christophe serait aussitôt puni par le glaive. — 91. Saint Ambroise parle ainsi de ce martyr dans sa préface :  « Vous avez élevé, Seigneur, saint Christophe, à un tel degré. de vertu, et vous avez donné une telle grâce à sa parole, que par lui vous avez arraché à l'erreur de la gentilité pour les amener à la croyance chrétienne, quarante-huit mille hommes. Nicée et Aquilinie qui depuis longtemps se livraient publiquement à la prostitution, il les porta, à prendre des habitudes de chasteté, et leur enseigna à recevoir la couronne. Bien que lié sur un banc de fer, au milieu d'un bûcher ardent, il ne redouta pas d'être brûlé par ce feu, et pendant une journée entière, il ne put être percé par les flèches de toute une soldatesque. Il y a plus, une de ces flèches crève l’oeil d'un des bourreaux, et le sang du bienheureux martyr mêlé à la terre lui rend la vue et en enlevant l’aveuglement du corps, éclaire son esprit car il obtint sa grâce auprès de vous et il vous a prié avec supplication d'éloigner les maladies et les infirmités . »

 

013. Baldung Grien St Christophe

 

 

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Published by Aristarque - dans Mythologie
10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 14:51

ACTA

 SANCTORUM

 JULII

Ex  Latinis & Græcis, aliarumque gentium

Monumentis, servatâ primigeniâ veterum Scriptorum phrasi,

COLLECTA, DIGESTA,

Commentariisque & Observationibus

ILLUSTRATA

A JOANNE BAPT. SOLLERIO,

JOANNE PINIO,

GUILIELMO CUPERO,

PETRO BOSCHIO

 E SOCIETATE JESU PRESBYTERIS THEOLOGIS.

TOMUS VI

Quo dies vicesimus quintus, vicesimus sextus, vice-

simus septimus & vicesimus octavus continentur,

cum Tractatu præliminario historico-chronologico

DE LITURGIA MOZARABICA

AUCTORE JOANNE PINIO

IHS

ANTVERPIÆ

APUD JACOBUM DU MOULIN

MDCCXXIX.

[1729]

 

Passio ex Ms nostro membranaceo Fuldensi satis antiquo

Auctore anonymo conscripta

Caput I

 

Sanctus ad multorum conversionem  mittitur, regi Dagno sistitur; Nicæam & Aquilinam convertit

 

In nomine Jesu Christi. In tempore illo, regnante Dagno in civitate Samo homo venit de insula, genere Canineorum , & ostensum est ei à Domino, ut baptizaretur baptismo sancto, quem ostendit  Dominus Jesus Christus in seculo suo : & ostensum est ei, quoniam multæ generationes per te credere habent, in Dominum Jesum Christum ; & vocabuntur filii Dei vivi. Ipse autem sanctus, ex toto corde orans, ecce nebula  de cælo descendit, & inluxit super eum : & venit ei vox de cælo, dicens : Serve electe Dei, ecce accepisti baptismum in nomine Domini & sanctæ Trinitatis. Et ingressus ipse Sanctus intra Syriam, orabat dicens : Gloria tibi Deus, qui convertis ignorantes, & adducis in viam veritatis ; mutas linguas ferarum, & das eis linguam humanam. Et ingressus in ipsam civitatem, orabat dicens : Domine, qui fecisti Adam, & dedisti ei scientiam, ut agnosceret viam veritatis ; da & mihi, servo tuo, ut doceam populum istum, qui erravit.

2. Et orante eo, exivit mulier de civitate ut iret, & adoraret idola : & videns ipsum Sanctum, contremuit : & facies eius mutata est, videns corpus hominis, caput autem canis : & cucurrit ad civitatem, & clamabat dicens : Venite & videte mirabilia, quæ adhuc nullus potuit videre. Et exierunt turbæ multæ, & videre ipsum Sanctum stantem, & orantem juxta ecclesiam ; & respiciens ad illum populum, orabat dicens : Domine Deus omnipotens, da mihi, ut credant per me nomini sancto tuo  Et tenens virgam ferream in manu sua, fixit eam in terram, & dixit : Domine Deus meus, fac virgam meam florere, & ramos bonos habere & folia formosa ; quomodo mutasti in Cana Galileæ aquam in vinum. Multi autem videntes, quoniam virga illa floruit, crediderunt in eum de hac civitate  millia hominum decem & octo, & baptizati sunt de manu ejus.

3. Audiens autem Dagnus rex, transmisit ad eum ducentos milites, ut eum ad se exhiberent. Videntes autem milites eum, timuerunt adpropriare ad illum; & transmisit alios ducentos. Et venientes milites ad ipsum, viderunt eum stantem & orantem ; & ipsi orare cœperunt cum eo. Complens vero orationem suam, surrexit : &  dixerunt milites ad eum : Domine, rex desiderat videre te. Et respondit ad eum : Si voluntatis meæ est, veniam ; si non, non veniam : tamen venio vobiscum. Et ingressus ante conspectum Dagni,videns eum rex, quoniam magnus erat, statim conruit de consistorio, in quo sedebat, & postmodum surrexit, & sedens pro tribunali, interrogabat eum dicens : Quis es tu, aut unde es, aut quod nomen tuum ? Responsit sanctus Christophorus : Ex nativitate mea Reprobus dictus sum : post baptismum sanctum Christophorus vocor. Dicit autem rex ad illum : Canine, & fax mala, non sacrificas diis meis magnis ?

4. Responsit sanctus Christophorus & dixit ei : Vere bene vocatus es Dagnus quia tu es pars mortis, & conjux patris tui diaboli : dii autem quos mihi dicis sacrificare, vani sunt. Oculos habent, & non vident ; aures habent, & non audiunt ; nec ipsos, qui adorant eos, adjuvare possunt : quoniam aurei, argentei, & lignei sunt ; dii autem, qui non fecerunt cælum & terram, pereant. Tu autem tamquam stultus adoras eos. Utinam audires me & adorares Dominum qui fecit cælum et terram ! quoniam potest te liberare de igne & dimittere peccata tua. Ipse autem stultus Rex intra se dicebat : Quomodo possim istum, qui inter feras nutritus est, vincere, si non inveniam diversa tormenta ? Et jussit eum rex mitti in carcerem. Ecce illi quadringenti milites venerunt ante conspectum Dagni, & jactaverunt omnes arma sua ante illum, dicentes :  Et nos credimus in Deum sancto Christophori, & adoramus eum. Et dixit rex : Numquid & vos maleficati estis, quod ipsum vultis sequi ? Venite autem, & adorate deos meos, & dono vobis aurum & argentum immensurabile ; & in honore magno constituo vos.

5. Dixerunt milites ad illum : Aurum & argentum tecum sit in perditione : nos autem semel baptizati sumus & credimus in sanctam Trinitatem. Iratus autem rex jussit eos decollari. Ipsi vero propter gratiam sancti Christi [Christophori] impleverunt martyrium. Tunc jussit rex, ut venirent ad eum duæ puellæ  pulchræ, & includi cum sancto Christophoro in carcere, Nicæa & Aquilina,& promisit eis aurum & argentum, & lapides pretiosos, ut facerent eum secum peccare, & sacrificare diis. Ingressæ autem ad Famulum Dei, viderunt faciem ejus tamquam flammam ignis, & ceciderunt in facies suas ab hora tertia usque ad horam sextam. Cum vero complesset sanctus Dei Christophorus  orationem, dixit ad illas : Levate vos, filiæ meæ, nolite timere : stare autem habet ante judicium Dei qui vos transmisit ad me. Et interrogabat eas, dicens : Quod est artificium vestrum ? Et responderunt : Ora pro nobis, famule Dei, ut dimittat Dominus peccata nostra, opera autem maritorum [meretricum] est : & quod accipiebamus de corpore nostro, pauperibus erogabamus, nudos vestiebamus, captivos redimebamus, esurientes satiabamus.

6. Dixit eis sanctus Christophorus : Negate ergo Jovem et Apollinem, & omnia idola vestra, & communicate mecum in oratione; & ego spero  in Deum meum, quoniam ipse dimittet vobis peccata vestra. Responderunt illæ et dixerunt : Ora pro nobis ; quia credimus in Deum tuum : quoniam tecum perferemus martyrium. Alia autem die jussit eas rex exire de carcere & interpellare Deum suum . Responderunt illæ dicentes : Utinam audires nos & adorares Dominum Deum sancti Christophori. Respondit rex & dixit ad Nicæam & Aquilinam : Numquid & vos maleficatæ estis de illo malefico, ut & vos negaretis  deos meos magnos ? Cogitate autem propter pulchritudinem vestram, & sacrificate diis meis : si autem nolueritis, male vos faciam perire à facie terræ. Responderunt illæ & dixerunt : Si volueris, ut sacrificemus diis tuis, jube mundari plateas totas, & exeat præco clamans, ut omnes congregentur in templum, quoniam Nicæa & Aquilina sacrificare habent diis.

7. Tunc congregatus est populus magnus : & dixit rex ad populum : Nicæa & Aquilina sacrificare habent diis. Et venientes ad templum, respiciebant in carcerem, ubi erat inclusus sanctus Christophorus : & clamabant voce magna dicentes : Ora pro nobis, Famule Dei, ut liberet nos Deus de idolis his. Et ubi ingressæ sunt in templum, clamabant : Dii paganorum, audite nos. Hoc cum ter dixissent, non erat vox in illis. Et dicebant ad populum : Ne fortè somnum ceperint, & non audiant , aut aliquo artificio operentur, & non illis vacet. Tunc Nicæa solvit cinctorium suum, & posuit in collo Jovis, & traxerunt ambæ, & jactaverunt eum in faciem suam,& contriverunt eum. Similiter fecerunt & Apollini, & dixerunt : Si Dii estis, levate & adjuvate vosmetipsos. Audiens autem Dagno rex [sic], quod Nicæa & Aquilina deos suos contriverunt, veniens dixit ad illas : Ego vos rogaveram, ut diis meis sacrificaretis, & non conlideretis. Respondentes dixerunt : Nos lapides conlisimus ; stulte tales sunt dii tui,ut a mulieribus conliderentur.

8. Respondit rex & dixit eis : Quoniam illi malefico credidistis & læsistis deos meos, male vos faciam perire ab hoc seculo ; ut Christophorus videat perditionem vestram & sacrificet diis meis. Et jussit rex ferreas catenas in manibus & pedibus Aquilinæ mitti : & jussit eam suspendi & mitti lapidem magnum pedibus ejus, ut membra ejus disrumperentur. Ipsa autem elevans oculos suos, videbat sanctum Christophorum orantem : et clamabat ad eum dicens : Famule Dei, ora pro me, quoniam in nomine Dei tui accipio meam coronam in omni bono, & Spiritu sancto. Postea audivit vocem magnam dicentem : Accipe tuam coronam : intra in gratiam Dei tui. Et Nicæa vidit eam & orans dixit : Domine deus sancti Christophori, noli me separare de mea sorore, sed cum ea me dignare coronare. Et jussit rex , ut veniret Nicæa ante conspectum ejus ; & dixit ad eam : Adhuc in stultitia tua perseveras ? Audi me & sacrifica diis meis, ut non amplius tormenta, quæ passa est soror tua, & tu patiaris.

 

Caput II


Ambarum martyrium ;  Sancti cruciatus ac mors ;  tyrannus cæcitate punitus, & ab eadem liberatus, ejusdem edictum pro Christianis .

 

Nicæ a respondit : Tormenta tua mihi dulcedo sunt, & mors tua, vita æterna est. Tunc jussit rex ligari manus & pedes ejus, & dentes ejus singulariter expelli, ut præ dolore respondere non posset. Ipsa verò amplius clamabat & dicebat : Ego tormenta tua non timebo ; habeo autem Sanctum adjutorem, qui potest me liberare de manibus tuis. Iratus autem rex jussit exhiberi ligna multa, & fieri pyram ingentem ; & jussit eam ibi concremari. Ipsa autem in medio flammæ stabat & clamabat : Domine, qui misisti angelum tuum in caminum trium puerorum, & liberasti eos de flamma ignis, ita & me liberes de igne isto, ut erubescat tyrannus iste Et tunc solutæ sunt manus & pedes ejus , & stabat in medio igne: &  facta est flamma illa tamquam ros, qui de cælo descendit . Videns autem tyrannus quia nihil poterat eam [ei] nocere, jussit eam decollari, & complevit coronam suam in testimonio magno. 

10. Multus autem populus exspectabat gloriosam passionem ipsarum, quoniam vicerunt illum tyrannum, & crediderunt in Deum sancti Christophori, & clamabat omnis populus : Magnus Deus Christianorum.  Iratus autem rex dixit in corde suo : Si non perdidero istum maleficum à facie terræ, in maleficiis suis totum seculum ad se trahere habet, ut omnes in illum credant. Et jussit rex venire eum in conspectum suum, & dixit : Canine, & fax mala, non sacrificas diis meis ? Usquequo  in hac fide stas ? & quamdiu te possum sustinere? Sacrificas diis meis an non ? Respondit ei & dixit : Ego volo te adduci in fide bona,ut relinquas malum,& adores Christum meum : qui potestatem habet in vita & in morte tua. Et dixit rex : Adhuc in stultitia hac stas ? Et quamdiu te possum sustinere ? Respondens sanctus Christophorus dixit : ego non sum stultus, sed sum servus Domini Jesu Christi ; tu autem stultus es, & insipiens, qui non confiteris Dominum Jesum Christum, sed confiteris satanam patrem tuum. Et iratus rex jussit ligari manus & pedes ejus  & cædi ad virgas ferreas, & mitti in caput ejus cassidem igneam. Tunc dixerunt tres ex consulibus : Beatus fueras  Dagne , si natus non fuisses, quoniam talia tormenta fieri jussisti Famulo Dei. Iratus rex jussit eos decollari .

11. Tunc sanctus Christophorus dixit ad eum : si amplius potueris tormenta mihi facere, fac, rex stulte : mihi vita æterna est, & dulciora super mel & favum tormenta tua. Tunc jussit rex fieri scamnum ferreum secundum statum ejus. Et venerunt artifices & tulerunt mensuram ejus, quæ erat cubitorum duodecim. Et factum est secundum jussionem regis, & posuerunt eum in medium civitatis, [&] jussit eum ibi ligari, & ignem supponi : & jussit quadraginta orcas olei mitti super eum. Respondit Sanctus Dei de medio igne ; & dixit : Hæc tormenta tua, quæ mihi facis in tua turpitudine, & diis tuis [consumentur]. Ego semel tibi dixi : quia non timebo tormenta tua, nec iram tuam. Cum hæc dixisset de multitudine flammæ, scamnum illud factum est tamquam cera. Veniens autem rex, & videns sanctum Christophorum in medio igne stantem & orantem ( & erat facies ejus tamquam rosa nova)videns eum rex, cecidit in faciem suam à timore magno  ab hora  prima usque ad horam nonam.

12. Postquam verò surrexit, dixit sancto Chistophoro : Fera mala, non tibi sufficiunt peccata animarum, quas errare fecisti, & non permisisti sacrificare diis ; sed omnem populum meum traxisti ad te ? Respondit sanctus Christophorus & dixit : Adhuc multæ animæ per me credere habent [in] Dominum Jesum Christum, & tu ipse. Et blasphemavit rex eum : & dixit ad sanctum Christophorum : Numquid & me vis in tuis maleficiis adducere ? Et iratus valde rex dicit ad sanctum Christophorum : Sic mihi faciant dii mei, & sic mihi reddant, si non crastinà istà horà  perdidero animam tuam & ad exemplum omnium te faciam pervenire. Alia autem die jussit adduci sanctum Christophorum : & cum venisset ante conspectum ejus, dicit ad eum : Jam sacrifica diis & intellige verba mea, ut non per multa tormenta pereas. Sanctus Christophorus dixit : Ego diis tuis  abominationem feci ; quia fidem meam habeo, quam in baptismo accepi.

13. Tunc jussit rex exhiberi lignum magnum secundum statum ejus, & poni ante palatium ; & vocati sunt milites & jussit famulum Dei Christophorum ad lignum adligari. Et venientes milites secundum ordinationem regis  ternas sagittas sagittaverunt super eum, ut citius interficeretur Famulus Dei. Et dixit rex : Videamus si Dominus ejus  potest venire, & liberare eum de manibus meis, & de sagittis his. Et sagittaverunt eum ab hora prima usque horam duodecimam : & putabat rex stultus  quod totæ sagittæ in corpore ejus  fixæ essent. Sagittæ autem suspendebantur à vento à dextris atque sinistris ejus : & nulla ex his corpus ejus  tetigit. Et post solis occasum, jussit eum rex dimitti ligatum, & custodiri eum, ne fortè à Christianis nocte solveretur. Multus autem populus exspectabat excipere corpus ejus.

14. Alio verò die dicit rex : Eamus & videamus illum maleficum. Et veniens ad eum dixit ei : Ubi est deus tuus ?Veniat & liberet te de manibus meis, & de sagittis his. Statim exsiliens una de sagittis ingressa est in oculum regis et excæcavit eum, & dixit sanctus Christophorus : Tibi dico, tyranne stulte, si credis : ego crastino, horâ octavâ, accipio meam coronam in omni bono. Et hoc mihi Dominus ostendere dignatus est. Veniunt multi Christiani, & accipiunt corpus meum, & ponunt illud in locum orationis ; tu autem veni in illo loco & fac lutum cum sanguine in nomine Domini nostri Jesu Christi ; & pone in oculum tuum, & salvus fueris. Et tunc adpropriavit hora, ut coronaretur Sanctus Dei. Aperuit os suum in oratione & dixit :

15. Domine Deus meus , qui eduxisti me de errore in scientiam hanc, quod te rogo, præsta mihi & in quo loco posuerint corpus meum, non ibi ingrediatur grando, non ita flammæ, non fames, non mortalitas : & in civitate illa & in illis locis, si fuerint ibi malefici, aut demoniaci, & veniunt & orant ex toto corde, &  propter nomen tuum nominant nomen meum in orationibus, salvi fiant. Et venit ei vox de cælo dicens : Christophore famule meus, ubi est corpus tuum & ubi non est ; commemorantur autem in oratione sua nomen tuum : quidquid petierint, accipiant,& salvi fiant. Complens autem suum martyrium bonum, coronatur mense Julio VIII kal. Augustas.

Sunt enim numero qui crediderunt in nomine Jesu Christi per sanctum Christophorum, millia hominum quadraginta & octo, & animæ centum undecim. Alia vero die dixit rex : Eamus, & videamus ubi posuerunt eum. Et veniens in illum locum, clamavit voce magna dicens : Christophore famule Dei , ostende mihi virtutem Dei tui, ut & ego credam in eum. Et tullit terram de loco illo, ubi passus est, cum modico sanguine ejus, & posuit in oculum suum in nomine Dei Christophori ; & in ipsa hora aperti sunt oculi ejus. Tunc rex clamavit voce magna dicens : Gloria tibi, Deus Christianorum ; qui facis voluntatem timentibus te, & ego ab hodierno die [ponam] præceptum meum in omni populo, & in omni lingua ; [ut] quisque blasphemaverit Deum Christianorum, gladio percutiatur. Hanc orationem constituit sanctus Christophorus : Domine Jesu Christe præsta bonam mercedem scribentibus & legentibus passionem meam, qui regnas  cum Patre & Spiritu sancto, in secula seculorum . Amen

 

 

 



[Commemoraverint ]

Finis hujus passionis  cum principio , & cum his ea quæ sunt media adeo constant ex ineptiis , & in dramaticis commentis consonant , ut culpam severioris , quam par sit adversus ea censura commeruisse non videatur : de qua pluribus  mentem nostram exposuimus in Commentario prævio. 

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Published by Aristarque - dans Mythologie
10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 14:39

Actes des Saints de juillet

Réunis, classés et enrichis 

de  commentaires et d’observations

D’APRES DES DOCUMENTS LATINS, GRECS ET D’AUTRES PEUPLES

EN PRÉSERVANT L’EXPRESSION PRIMITIVE DES ANCIENS AUTEURS

PAR JEAN BAPTISTE SOLLERIUS

JEAN PINIUS

PIERRE BOSCHIUS

PRÊTRES THÉOLOGIENS DE LA SOCIÉTÉ DE JÉSUS

 

TOME VI

 où sont contenus le 25 , le 26, le 27 et le 28 juillet

avec un traité préliminaire historico-chronologique

Sur la liturgie mozarabe

PAR JEAN PINIUS

 

 

IHS

Anvers

Chez Jacques Du Moulin

1729

 

Passion tirée de notre manuscrit de Fulda sur parchemin assez ancien

Rédigée par un auteur anonyme

 

Chapitre  I

 

Le saint est envoyé convertir les foules, il est livré au roi Dagnus, il convertit Nicéa & Aquilina

 

Au nom de Jésus Christ. En ce temps-là sous le règne de Dagnus dans la cité de Samos vint d’une île un homme de la race des Cynocéphales et il lui fut indiqué par Dieu qu’il fût baptisé du saint baptême dont Notre Seigneur Jésus Christ donna de son temps l’exemple. Ceci lui fut révélé : nombre de générations croiront grâce à toi à Notre Seigneur Jésus-Christ et seront appelées fils du Dieu vivant . Or le saint lui-même étant en prière, voici qu’une nuée descendit du ciel et brilla au-dessus de lui et il vint du ciel une voix qui disait : « Serviteur élu de Dieu,  voici que tu as reçu le baptême au nom du Seigneur et de la sainte Trinité. » Et le saint entré en Syrie priait ainsi : « Gloire à toi, Dieu, qui convertis les ignorants et les amènes à la voie de la vérité, qui changes les langues des bêtes et leur donnes la langue des hommes. » Et entrant dans la cité il priait ainsi : « Seigneur qui as créé Adam et lui as donné la science pour qu’il reconnaisse la voie de la vérité, permets à moi aussi, ton serviteur, d’instruire ce peuple qui s’est fourvoyé dans l’erreur. »

2.  Et pendant sa prière, une femme sortit de la ville pour aller adorer les idoles. Voyant le saint, elle trembla et son visage fut changé en lui voyant le corps d’un homme, mais la tête d’un chien. Elle courut à la ville en criant : « Venez et voyez ce que nul n’a pu voir jusqu’ici. » Et des foules de gens sortirent et virent le saint debout et priant à côté d’une église. Et voyant derrière lui tout ce peuple, il priait en ces termes : « Seigneur Dieu tout puissant, accorde-moi qu’ils croient par moi à ton saint nom. » Et tenant en main son bâton ferré, il le planta en terre et dit : « Seigneur mon Dieu, fais que mon bâton fleurisse, qu’il ait de bonnes branches et de belles feuilles, de même qu’à Cana en Galilée, tu as changé l’eau en vin. »  Or beaucoup, voyant que ce bâton fleurissait, crurent en lui, au nombre de dix-huit mille hommes de cette cité et ils furent baptisés de sa main. 

3. Le roi Dagnus l’ayant appris envoya deux cents soldats pour le lui amener. Mais les soldats le voyant craignirent de l’approcher et il en envoya deux cents autres. En venant vers lui, les soldats le virent debout et en prière et eux-mêmes commencèrent à prier avec lui. Achevant sa prière, il se leva et les soldats lui dirent : « Seigneur, le roi désire te voir ». Et il répondit : « Si je le veux, je viendrai, sinon, je ne viendrai pas ; cependant j’irai avec vous. » Quand il fut entré en présence de Dagnus, le roi, voyant qu’il était grand, tomba aussitôt du siège où il se tenait. Enfin se relevant et s’asseyant à son tribunal, il l’interrogea ainsi : « Qui es-tu ? D’où es-tu ? Quel est ton nom ? » Saint Christophe répondit : « Depuis ma naissance on m’a appelé Reprobus, mais depuis mon saint baptême, je m’appelle Christophe, c’est-à-dire Porte-Christ.» Le roi lui dit : « Tête de chien, coquin, tu ne sacrifies pas à mes grands dieux ? »

4. Saint Christophe lui répondit ainsi : « C’est à bon droit que tu t’appelles Dagnus, parce que tu es associé à la mort et à ton père le diable. Or les dieux auxquels tu me dis de sacrifier sont inexistants. Ils ont des yeux et ils ne voient pas, ils ont des oreilles et ils n’entendent pas, et ils ne peuvent aider ceux qui les adorent parce qu’ils sont en or, en argent et en bois. Périssent des dieux qui n’ont fait ni le ciel ni la terre ! Toi comme un idiot tu les adores. Si seulement tu m’écoutais et si tu adorais le maître qui a fait le ciel et la terre! Lui peut te délivrer du feu et te remettre tes péchés. »  Le roi se disait dans son cœur : « Comment pourrais-je venir à bout de cet individu qui a été élevé chez les bêtes sauvages si je ne trouve pas divers supplices ? » Et le roi ordonna de le mettre en prison. Et voici que ses quatre cents soldats se présentèrent à Dagnus et jetèrent tous leurs armes à ses pieds, disant : « Nous aussi nous croyons au Dieu de saint Christophe et nous l’adorons. » Et le roi dit : « Est-ce que vous êtes ensorcelés aussi pour vouloir le suivre ? Mais venez donc et adorez mes dieux et je vous procurerai  de grands honneurs. »

5. Les soldats lui dirent : « Que ton or et ton argent se perdent avec toi ; nous, nous sommes baptisés une fois pour toutes et nous croyons à la sainte Trinité. » Alors le roi irrité ordonna de les décapiter. Eux de leur côté pour l’amour de saint Christophe subirent le martyre. Alors le roi ordonna de faire venir deux belles filles, Nicéa & Aquilina, et de les enfermer dans la prison en compagnie de saint Christophe. Il leur promit de l’or, de l’argent et des pierres précieuses pour qu’elles l’amènent à pécher avec elles et à sacrifier aux idoles. Mais entrées auprès du Serviteur de Dieu, elles virent son visage comme une flamme de feu et tombèrent face contre terre de la troisième à la sixième heure. Quand le saint eut achevé sa prière, il leur dit : « Levez-vous, mes filles, ne craignez pas.  Celui qui vous a envoyées à moi aura à subir le jugement de Dieu. » Il les interrogeait, disant : « Quel est votre métier ? » Elles répondirent : « Prie pour nous, Serviteur de Dieu, pour que le Seigneur nous remette nos péchés. Notre métier est la prostitution. Et ce que nous gagnions au moyen de notre corps nous servait à  donner aux pauvres, à vêtir ceux qui étaient nus, à racheter les captifs et à rassasier les affamés.»

6. Saint Christophe leur dit : « Reniez donc Jupiter et Apollon et toutes vos idoles, unissez-vous à moi dans la prière et j’espère que mon Dieu vous remettra vos péchés.» Elles lui répondirent : « Prie pour nous, parce que nous croyons en ton Dieu et que nous souffrirons le martyre avec toi. » Le jour suivant, le roi les fit sortir de la prison et invoquer son dieu. Elles lui répondirent : « Si seulement tu nous écoutais et adorais le Seigneur Dieu de saint Christophe ! » Le roi répondit à Nicéa et Aquilina : « Est-ce que vous aussi, vous êtes ensorcelées par ce sorcier au point que vous reniez mes grands dieux ? Songez à votre beauté et sacrifiez à mes dieux : si vous ne le voulez pas, je vous ferai périr dans la douleur et disparaître de la face de la terre. » Elles lui répondirent : « Si tu veux que nous sacrifiions à tes dieux, ordonne que l’on nettoie toutes les places et fais annoncer par le crieur public que tout le monde se rassemble au temple, parce que Nicéa et Aquilina vont sacrifier aux dieux. »

7. Alors se rassembla une grande foule et le roi dit au peuple : « Nicéa et Aquilina vont sacrifier aux dieux. » Et en allant au temple, elles regardaient vers la prison où était enfermé saint Christophe et criaient à haute voix : « Prie pour nous, Serviteur de Dieu, afin que Dieu nous délivre de ces idoles-ci. » Et quand elles furent entrées dans le temple, elles crièrent : « Dieux des païens, écoutez-nous. »  Quand elles l’eurent dit trois fois, ils étaient restés sans voix. Et elles disaient au peuple : « Est-ce que par hasard ils dorment et n’entendent pas ?  Ou sont-ils occupés à quelque chose et n’ont-ils pas le temps ? » Alors Nicéa détacha sa ceinture et la passa au cou de Jupiter, elles tirèrent toutes deux, le firent tomber en avant face contre terre et le foulèrent en morceaux. Elles firent de même à Apollon et dirent : « Si vous êtes des dieux, levez-vous et aidez-vous ». Mais apprenant que Nicéa et Aquilina avaient piétiné ses dieux, le roi Dagnus vint et leur dit : « Je vous avais demandé de sacrifier à mes dieux, pas de les briser. » Elles lui répondirent : « Nous avons brisé des pierres. Tes dieux sont tout bêtement capables d’être brisés par des femmes. »

8. Le roi leur répondit : « Puisque vous avez cru à ce sorcier et que vous avez frappé mes dieux, je vous ferai périr pour que Christophe voie votre fin et sacrifie à mes dieux. » Et le roi ordonna que l’on mît des chaînes de fer aux mains et aux pieds d’Aquilina, qu’on la suspendît et qu’une grosse pierre fût accrochée à ses pieds de sorte que ses membres fussent arrachés. Mais elle levant les yeux voyait saint Christophe en prière et criait vers lui : « Serviteur de Dieu,  prie pour moi, car au nom de ton Dieu, je reçois ma couronne en tout bien, dans l’Esprit saint. » Ensuite elle entendit une grande voix qui disait : « Reçois ta couronne, entre dans la grâce de ton Dieu. » Et Nicéa la vit et pria en ces termes : « Dieu de saint Christophe, ne me sépare pas de ma sœur, mais daigne me couronner avec elle. » Et le roi fit venir Nicéa en sa présence et lui dit : « Tu persévères à ce point dans ta stupidité ? Ecoute-moi et sacrifie à mes dieux pour ne pas subir aussi les tortures qu’a subies ta sœur. »

 

Chapitre II.

 

Le martyre des deux filles,  les tourments et la mort du saint, le tyran puni par la perte de ses yeux, et guéri de la cécité, son édit en faveur des chrétiens.

 

9. Nicéa répondit :  « Tes tortures sont une douceur pour moi, et la mort que tu m’infliges est pour moi la vie éternelle. » Alors le roi ordonna de lui lier les mains et les pieds et de lui arracher une dent après l’autre afin que la douleur  l’empêchât de répondre. Mais elle criait plus fort et disait : « Je ne crains pas tes tortures, j’ai pour protecteur un saint qui peut me délivrer de tes mains. » Mais le roi irrité ordonna de quérir beaucoup de bois, d’en faire un immense bûcher et de l’y brûler. Elle se tenait au milieu des flammes et clamait : « Seigneur, toi qui as envoyé ton ange dans la fournaise des trois enfants et les a délivrés de la flamme du feu, libère-moi aussi de ce feu pour faire rougir de confusion ce tyran. » Alors ses mains et ses pieds furent délivrés et elle se tenait au milieu du feu et la flamme devint comme une rosée qui descend du ciel.  Le tyran, voyant qu’il ne pouvait lui faire aucun mal, ordonna de lui couper la tête et elle obtint sa couronne en laissant un grand témoignage.

10. Une foule considérable assistait à leur glorieuse passion, parce qu’elles triomphaient du tyran et crut au Dieu de saint Christophe et tout le peuple criait : « Il est grand, le Dieu des chrétiens ! »  Le roi irrité se disait en son cœur : « Si je ne fais pas disparaître de la face de la terre ce sorcier, il va attirer à lui tout le monde pour que tous croient en lui. » Et le roi le fit venir en sa présence et dit : « Tête de chien, fléau, tu ne sacrifies pas à mes dieux ? Jusqu’à quand t’en tiendras-tu à ta croyance ?  Et combien de temps pourrai-je te supporter ?  Sacrifieras-tu ou non ? »  Il lui répondit : « Je veux que tu sois amené à la vraie foi pour que tu abandonnes le mal et que tu adores mon Christ, qui a pouvoir sur ta vie et ta mort. » Et le roi lui dit : « Tu es si borné dans ta sottise ? Et combien de temps pourrai-je te supporter ? » Saint Christophe lui dit en réponse : « Moi, je ne suis pas stupide, je suis le serviteur de mon Seigneur Jésus Christ, mais toi, tu es stupide et fou de ne pas confesser notre Seigneur Jésus Christ, mais de professer ton père Satan.» Le roi irrité ordonna de lui lier les mains et les pieds, de le frapper de verges de fer et de mettre sur sa tête un casque de métal chauffé au feu. Alors trois des consuls lui dirent : «Bienheureux, Dagnus, si tu n’étais pas né, puisque tu as infligé par tes ordres de tels tourments au Serviteur de Dieu.» Le roi irrité ordonna de leur couper la tête.

11.  Alors saint Christophe lui dit : « Si tu peux continuer de me tourmenter, fais-le, roi stupide, moi, j’aurai la vie éternelle et tes tortures me sont plus douces qu’un rayon de miel. »  Alors le roi fit faire un banc de fer à sa mesure. Et des ouvriers vinrent et prirent ses mesures qui étaient de douze coudées. Il fut fait selon l’ordre du roi et ils le placèrent au milieu de la cité, il ordonna d’y attacher Christophe, d’allumer du feu dessous et de répandre quarante jarres d’huile sur lui. Le Saint de Dieu lui répondit du milieu du feu en disant : « Voilà les tourments que tu m’infliges au nom de tes croyances honteuses et pour tes dieux. Je t’ai dit une fois pour toutes que je ne crains pas tes tortures ni ta colère. » Quand il eut dit cela du milieu des flammes, ce banc devint comme de la cire. Le roi approchant et voyant saint Christophe au milieu du feu debout et en prière, (et sa face était comme une rose fraîche), le roi donc en le voyant, tomba de peur, face contre terre, de la première à la neuvième heure.

12. Quand il se fut relevé, il dit à saint Christophe : « Bête nuisible, tu ne te satisfais pas des péchés des âmes que tu as entraînées dans l’erreur et que tu as empêchées de sacrifier aux dieux, mais tu as tiré à toi tout mon peuple ? » Saint Christophe lui dit : « Désormais beaucoup d’âmes vont croire par moi  en notre Seigneur Jésus Christ, et toi aussi. » Le roi blasphéma et dit à saint Christophe : « Est-ce que tu veux m’amener aussi à tes pratiques de sorcellerie ? » Et le roi fort irrité dit à saint Christophe : « Que mes dieux  me fassent à moi comme à toi et qu’ils me le rendent si demain à cette heure, je ne t’ai pas fait perdre la vie et devenir un exemple pour tout un chacun. »

Le lendemain, il fit amener saint Christophe et quand il fut devant lui, il lui dit : « Sacrifie aux dieux  maintenant et écoute-moi bien pour ne pas périr dans de nombreux tourments. » Saint Christophe dit : « J’ai renoncé à tes dieux parce que j’ai la foi que j’ai reçue dans le baptême. »

13. Alors le roi fit amener un grand tronc convenant à sa taille et le fit dresser devant le palais. Il convoqua des soldats et fit attacher le serviteur de Dieu Christophe au bois. Et les soldats venant selon l’ordre du roi  lui envoyèrent des flèches trois par trois afin que le serviteur de Dieu fût tué plus vite. Et le roi dit : « Voyons si son Seigneur peut venir et le délivrer de mes mains et de ces flèches. » Et ils lui lancèrent des flèches de la première à la douzième heure et le roi stupide pensait que toutes les flèches étaient fichées dans son corps. Mais les flèches étaient détournées par le vent à gauche et à droite et aucune n’atteignit son corps. Et après le coucher du soleil, le roi  ordonna de l’emmener attaché et de le garder, pour éviter qu’il ne fût détaché nuitamment par les chrétiens .  Car une grande foule attendait de recueillir son corps.

14. Le lendemain, le roi dit : « Allons et voyons ce scélérat. » Et allant à lui, il dit : « Où est ton Dieu ? Qu’il vienne et te libère de mes mains et de ces flèches. » Aussitôt l’une des flèches jaillit et entra dans l’œil du roi et l’aveugla. Saint Christophe dit :  « Je te le dis, tyran stupide, si tu  m’en crois : demain, à la huitième heure, je reçois ma couronne en tout bien. Et Dieu a daigné me révéler ceci : Beaucoup de chrétiens viennent et prennent mon corps et le déposent dans un lieu de prière. Toi, vas à ce lieu et fais de la boue avec mon sang au nom de notre Seigneur Jésus Christ et pose-la sur ton œil et tu seras guéri. » Et alors approcha  pour le saint de Dieu l’heure de son couronnement. Il ouvrit la bouche et pria : 

15. « Seigneur mon  Dieu, qui m’as tiré de l’erreur et m’as amené à la connaissance que j’ai, accorde-moi ce que je te demande et qu’au lieu où ils auront posé mon corps, n’entrent ni la grêle, ni les flammes, ni la faim , ni l’épidémie.  Dans cette ville et dans ces lieux , s’il s’y trouve des sorciers et des possédés du démon, s’ils viennent et prient de tout leur cœur, et pour ton nom me nomment dans leurs prières, qu’ils soient sauvés. » Et il lui  vint une voix du ciel disant : « Christophe, mon serviteur, là où est ton corps et là où il n’est pas, s’ils ont fait mémoire de ton nom dans leur prière, quoi qu’ils aient demandé, ils l’obtiendront et seront sauvés. » Accomplissant son martyre parfait, il fut couronné au mois de juillet, le huitième jour avant les kalendes d’août [le 25 juillet ].

Le nombre des hommes qui ont cru au nom de Jésus Christ par saint Christophe s’élève à quarante-huit mille et cent onze âmes. Le lendemain, le roi dit : « Allons et voyons où ils l’ont mis. » Et se rendant en ce lieu, il s’écria : « Christophe, serviteur de Dieu, montre-moi la puissance de ton Dieu afin que moi aussi je croie en lui. » Et il prit de la terre de l’endroit où  le saint avait reçu la mort avec un peu de son sang et il le posa sur son œil au nom du Dieu de Christophe et dans l’heure même ses yeux s’ouvrirent. Alors le roi cria à haute voix : « Gloire à toi, Dieu des Chrétiens, qui exauces ceux qui te craignent. Quant à moi, dès aujourd’hui, je publierai mon décret dans tout le peuple et en toute langue : « Quiconque aura blasphémé le Dieu des Chrétiens, qu’il soit frappé par le glaive. » Saint Christophe instaura cette prière : « Seigneur Jésus, accorde une bonne récompense à ceux qui écrivent et à ceux qui lisent ma passion, toi qui règnes avec le Père et le Saint Esprit dans les siècles des siècles. Amen. »

 

 

Traduction de Michel Wiedemann

Bordeaux , le 10 juillet 2010

 

 

 

 

 

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Published by Aristarque - dans Mythologie
28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 11:45

Nous citons d'abord le texte en vieux flamand puis la traduction française.

Uitlegginge en sin-ghevende verclaringe

op den Metamorphosis Publii Ovidii Nasonis

Door Carel Van Mander (1548-1606)

Het derde Boeck

Van Cadmus

 

Cadmus was soon des Conings van Phenicien Agenor , en Telephassa: Hy was Coningh van Thebes, en seer vermaert krijghs heldt: Doch seggen Vlpianus en Euchemerus, dat hy was den Cock des Conings van Sydon, by welckem hy ontschaeckte seer constighe Snaerspeelster ghenoemt  Harmonia, by welcke hy hadde Bacchi moeder Semele. Dus twijffeligh zijn somtijden de hercomsten der Machtigher groote Heeren/ die door gonstighe Dichters versieringe pennen zijn cierlijck en verwonderlijck gemaert. Cadmus ghesonden te soecken zijn suster Europa, welcke zyn Vader hadde gehadt by de Nymphe Melia, niet mogende weder keeren / of hy en bracht d’ontschaeckte suster mede /trock nae t’gheheymnis van Apollo, daer hem verboden was de suster te soecken/ en gheboden een Stadt te bouwen/ gelijck onsen Poeet voorts verhaelt. Cadmus eyndlinge by de borne Dircé doodde dat groulijck Serpent/ dat den soon was van Mars : des hem Mars heeft ghedwongen/ hem onderworpen en dienstbaer te wesen een Jaer/ t’welck doe wel soo langh als nu acht Jaren was. Hier  nae heeft Minerva het Coninglijcke Hof Cadmi seer gheciert/ en Juppiter dede hem trouwen Harmonia: welcke Diodorus in zijn seste Boeck seght/ dochter van Juppiter en Electra.: maer Hesiodus, van Mars en Venus.Dees Bruyloft was verciert met t’ beywesen der Goden/ die de Bruydt vereerden met hun gheschencken/ Ceres met koorn/ een vrucht haers vondts/ Mercurius met een Luyt/ Pallas met Juweelen  en Fluyten/ Electra met Cimbelen en bommen. Apollo speelder de Bruyloft met een Cithre / en de Muses met Fijfers of Fluyten: D’ander Goden hebbense heerlijcke gaven toeghelangt. Uyt dit Houwlijck quam Polydorus , van Polydoro quam Labdacus, van welckem quam Laius, den Vader van Oedipus, waer van volght in t’ 9e. Boeck. Cadmus hadde oock vier Dochters/ Ino, Semele, Agave, en Autonoë.                                          

Doe hy nu hadde gheleden een groote menichte van teghenspoeden en onghevallen./ om de wille van zijn Dochters / en de naecomelinghen/ stelde hy in zijnen Coninglijcken Thebeschen stoel Pentheus, den soon van Echion, en van zijn dochter Agave, en trock met zijn Harmonia tot Encheles in Dalmatien: want dat volck van zijn buer-landen benouwt wesende/ hadde door raedt des gheheymnis hem ontboden / om dat hun verlossinge door Cadmum te geschieden voorseyt was. Hy dan deses volx vercoren Krijghs-overste wesende/ heeft de verwinninge op den vyanden behouden/ en werdt also Coningh van Dalmatien/ welck hy met goeden vrede en voorspoet heeft beseten/ daer hy en zijn Drouw in slangen veranderden / als in t’ 4e . Boeck volgende is/ in welck Boeck oock noch van dese Harmonia dochter van Mars en Venus, sal ghesproken worden. Aengaende nu dat Cadmus, om zijn suster te soecken ghesonden wesende/ eenen fellen Draeck in de borne Dircè ghedoodt soude hebben/ dat is versiringe: maer de waerheyt is / dat hy heeft omgebracht eenen vreeslijcken Roover/ die Draeck was geheeten/ en veel wreetheyts en ghewelts dede den vreemdelingen die daer voorby reysden / en hadde alree den hals afghesneden eenige van zijnen hoop. Men seght/ dat hy de tanden des Draecks saeyde /om dat den aenhangh oft mede-plegers van desen Roover siende hun hooft verslaghen/ hebben de vlucht ghenomen en zijn ghesaeyt oft verstroyt geworden/ d’een hier en d’ander daer. Eenige schrijven / dat Cadmus door Minervae raedt wierp eenen steen midden den gebroeders / die uyt des Draeck-tanden voortgecomen waren/ en eenen gheraeckt wesende/ meenende het hem van een zijn mede-broeder ghedaen was / heeft het met dootslagh ghewroken/ t’welck een ander aen desen dootslager heeft gewroken / en soo voort / tot datter maer viif over en bleven. Dit willen eenighe / was een voorbeduydighe aenwijsinghe van de gheschillen en crackeelen , die den Thebaners in toecomenden tijdt souden beswaren en quellen: want daer ghevielen namaels seer schaedijcke borgerlijcke oft broederlijcke krijgen / en bloedtstortingen: ghelijcke dickwils door onverstandt/ uyt cleen schade/ misdaedt oft ander gheringhe oorsaeck groote beroerten en onbeterlijcke verderfnissen voorvallen: niet alleen onder Borghers oft vrienden / maer wel onder Broeders: ghelijck het wel somtijts gheschiedt/ datter onderlinghe eenigh schil ghevalt. Dan gelijck Plutarchus in de Broederlijcke vriendtschap verhaelt / behoeven sy van in den aenvang de tuschen glijdende ijveringhen en hartnekicheden te wederstaen/ ghewennende sich onderlinghe toe te gheven/ en beleefdelijck te laten overwinnen / en sich te verheughen in een ander te behagen / meer als ‘onderdrucken oft verwinnen: want dit was de meeninge/ daer men van oudts onder verstont / de Cadmussche overwinninge. Nu dit voorby ghegaen/ sullen de gantsche Fabel van den aenvangh voort te halen behoeven / om de leeringen daer onder verborghen te verclaren. Eerst Cadmo was van t’gheheymnis verboden / zijn suster nae te speuren oft soecken: maer most den voorschickschen Os nae volgen/ en de stadt Bœotia bouwen / daer d~e[ dem/die? ] Os soude rusten. Cadmus is hier een voorbeeldt der Jeught / oft des Jongelings / die den Godtlijcken en deuchdelijcken raedt oft   drijvinghe gehoorsaemt/ verlatende  een laf / traegh  / aengeboren vroulijck wellustigh leven aerdt en wesen aengrijpende een manlijck ernstigh ghemoedt /naevolgende den Os / die den arbeydt beteyckent / om door desen deuchtsamen wegh des arbeyts geraken tot eere en rust . Hy bouwde een Stadt / die hy nomde naer Godt / die hem den wegh gheleert hadde en den Os die hem geholpen hadde daer toe te comen / te weten / Thebes, t’welc een machtige Stadt is gheworden: want sonder Godt en cans Menschen arbeydt niet  ghedijen: maer als Godt den arbeydt / t ‘ghebouw / oft timmeringhe toeghedaen is/ dan sal het goeden voortgang hebben / wel tieren en beclijven, het zy wat onspoedighe swaricheden daer tegen opstijghen en voorvallen te verwinnen/ behoudens datmen volstaet met sterckmoedighe gheduldicheyt. De knechten oft Cadmi gesellen die van den Draeck oft Serpent gedoodt waren beteyckenen de ydel voornemens der Jeucht / die met ter tijdt van de wijsheyt (by t’ Serpent verstaen) te nieten ghedaen worden : want de rechte volcomen wijsheyt doodet en vernietight veel ydel sotte ghedachten en begeerten, daer wy in onse onbedachte blinde jonckheyt mede vereenight zijn : oft grooten lust en behagen toe hebben : Maer al te veel geschiedt / dat door de wœste mœtwillige jeught oft door de lusten der jonckheyt / de Wijsheyt wort wedervochten / uyt der herten verdreven / vernielt en wech ghenomen / ghelijck als Cadmus t’Serpent dede.

 Dan hier salmen verstaen dat Cadmus heeft ghedoodt het  Mensch verdervende onverstandt/ daer de jeught ghewapent met het Leeuws huydt der deucht / en de pijcke des scherpen voorsichticheyts/ tegen te strijden heeft / en overwinnende / dooden de overgebleven / oft nieu aenwassende ghedachten/ oft ydel meeningen der jonckheyt allenex hen selven : als men maer en volght den raedt der wijsheyt / dan worden onse vijf sinnen en gedachten verstandigh/ en der wijsheyt raedt gehoorsaem  / en helpen ons te wege brengen alle deuchtsaem wercken / oft Godtlijcken arbeydt / welck het Thebes bouwen aenwijst / en ons te kennen gheeft. Dit Draeck-tandigh volcx fel ghevecht door Pallas ghestift/ wijst oock dat uyt onverstandt oorloghen ontstaen / maer door wijsheyt vrede: ghelijck t’inwendigh ghemoedt (als verhaelt is) wordt gevredight door wijsheyt /oft der wijsheyts goede leeringhe. Van welcke leeringhe Cadmus oock te deele een oorsaker oft hulper is gheweest / dewijl hy ( nae Plinij en ander getuyghnis) d’eerste was / die uyt  Phenicien in Griecken heeft gebracht de kennisse van festhien [sic]  letteren des Grieckschen A/b/c en d’eerste was/ die maet-vry de gheschiedenissen beschreef: doch willent eenige niet den Phenicischen / maer den Milesischen  Cadmo toeeyghenen. Dus mach door het voortbrengen der edel nutte Schrijf-const (daer goede Wetten door voor- geschreven / en alle vrome daden in eeuwighe ghedacht door behouden worden) Cadmus wel een Mensch-saeyer geheeten wesen: die eerst zijn Vader in’t Suster-soecken / daer nae Apollo en Pallas gehoorsamende / door veel arbeyt en ghedult/ t’eynden veel verdriet vercreegh de schoon  Harmonia, de soete Siel-rust / en veel ghelucks. Nu onsen Poeet toonende ( als gheseyt is) dat dees Fabel is tot leeringe der jeught / seght sluytlijck: Daerom sal een Jongman altijt op hope leven / verwachtende het eynde : want voor den lesten dagh des levens  / behoort men niemant saligh te heeten. Dit is een seer schoon Spreuck / die Solon oock leerde den Coning Crœsum , den welcken het namaels zijn leven baettede.




Explications  interprétatives

des Métamorphoses de

Publius Ovidius Naso

Par Carel. Van Mander (1548-1606)

Troisième livre

De Cadmus.

Traduction de Michel Wiedemann

 

Cadmus était fils du roi de Phénicie Agénor et de Téléphassa. Il fut roi de Thèbes et héros guerrier très célèbre. Mais Ulpien et Euchemérus disent qu’il était le cuisinier du roi de Sydon, chez lequel il enleva une très habile harpiste nommée Harmonie, de laquelle il eut Semele, mère de Bacchus. Ainsi sont quelquefois douteuses les origines de puissants grands seigneurs, qui grâce aux plumes inventives de poètes favorables sont racontées avec des ornements et des merveilles. Cadmus envoyé à la recherche de sa soeur Europa, que son père avait eue de la nymphe Mélia, ne pouvant retourner qu’il ne ramenât avec lui sa soeur enlevée, se rendit à l’oracle d’Apollon, où il lui fut interdit de chercher sa soeur et ordonné de construire une ville, comme notre poète l’exposera. Cadmus enfin tua près de la fontaine Dircè le terrifiant serpent qui était fils de Mars: c’est pourquoi Mars le força à se montrer soumis et serviable pendant une année , laquelle alors dura pour lui comme huit de nos années. Après quoi, Minerve honora fort de sa présence la cour royale de Cadmus et Juppiter lui donna en mariage Harmonia , que Diodore dans son  sixième livre dit fille de Juppiter et d’Electra, mais Hésiode, de Mars et de Vénus. Ce mariage fut embelli de la présence des dieux , qui honorèrent la mariée de leurs cadeaux; Cérès de blé, un fruit de son invention, Mercure d’un luth, Pallas , de joyaux et de flûtes, Electre de cimbales et de tambours, Apollon divertit la noce avec une cithare et les Muses, avec des fifres ou des flûtes. Les autres dieux avaient ajouté des dons magnifiques. De ce mariage vint Polydorus, de Polydorus vint Labdacus, duquel vint Laius, le père d’Oedipe, dont il sera question au 9ème livre. Cadmus eut aussi quatre filles / Ino, Semele, Agave et Autonoë.

Comme il avait souffert un grand nombre d’infortunes et de malheurs du fait de ses filles et de ses descendants, il établit sur son trône royal de Thèbes Penthée, fils d’Echion et de sa fille Agave, et partit avec sa femme Harmonia vers Encheles en Dalmatie, car ce peuple étant menacé par les pays voisins, l’avait appelé sur le conseil de l’oracle, parce qu’il avait été prédit que sa délivrance se ferait par Cadmus. Lui donc, ayant été élu général en chef de ce peuple, avait obtenu la victoire sur les ennemis et devint ainsi roi de Dalmatie, pays qu’il gouverna  dans la paix et la prospérité, jusqu’à ce que lui et sa femme se transformassent en serpents, comme il est dit à la suite dans le 4ème livre, où il devra encore être question de cette Harmonia, fille de Mars et de Vénus. Or touchant le fait que Cadmus,  envoyé à la recherche de sa soeur, aurait tué un fort dragon dans la fontaine Dircè, c’est pure fiction poétique: mais la vérité est qu’il avait tué un redoutable brigand, qui était appelé Dragon et qui exerçait beaucoup de cruauté  et de violences sur les étrangers qui passaient par là et Cadmus avait déjà coupé le cou à quelques-uns de sa troupe. On dit qu’il sema les dents du dragon parce que la faction des complices de ce brigand, voyant leur chef abattu, prit la fuite et qu’ils se semèrent ou dispersèrent les uns ici, les autres là. Quelques-uns écrivent que Cadmus, sur le conseil de Minerve, jeta une pierre au milieu des frères qui étaient issus des dents du dragon et que l’un d’eux étant atteint, pensant que cela lui avait été fait par un de ses compagnons, s’était vengé d’un coup mortel, ce qu’un autre avait vengé sur ce meurtrier  et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il y eût seulement cinq survivants. Cela fut, selon certains, un présage significatif des différends et querelles qui allaient à l’avenir peser sur les Thébains et les torturer. Car de là naquirent par la suite de très nuisibles guerres et effusions de sang entre citoyens et entre frères: de même  souvent, par déraison, de petits dommages sortent des crimes ou d’autres causes minimes proviennent de grands troubles et d’irréparables pertes: non seulement entre concitoyens  ou amis, mais même entre frères: comme il arrive quelquefois qu’il y ait quelque désaccord entre eux.  

Car comme Plutarque le raconte dans son Amitié fraternelle, ils ont besoin dans le commencement de résister à l’ envie mutuelle et à l’ obstination, s’accoutumant à user réciproquement de complaisance, à  se laisser surpasser civilement, à se faire plaisir par des satisfactions mutuelles, plutôt qu’à opprimer ou à dominer. Car tel était le sens que depuis longtemps on attribuait aux victoires de Cadmus. Mais  cela dit en passant, toutes les fables auront besoin depuis le commencement de recherches pour éclaircir les leçons qui sont cachées dessous.

D’abord il fut interdit à Cadmus par l’oracle de chercher les traces de sa soeur, mais il lui fut prescrit de suivre le boeuf prédestiné  et de construire la cité de Béotie là où le boeuf  se reposerait.

Cadmus est ici un exemple de la jeunesse ou du jeune homme qui obéit aux conseils et incitations divines et vertueuses, abandonnant une paresseuse, lâche, efféminée, et voluptueuse vie, façon et habitude, prenant un caractère mâle et sérieux, suivant le boeuf, qui signifiait la besogne, afin d’arriver par cette voie vertueuse du travail à l’honneur et au repos. Il bâtit une ville qu’il nomma d’après le Dieu qui lui en avait appris le chemin et le boeuf qui l’avait aidé alors à y parvenir, à savoir Thèbes, laquelle est devenue une cité puissante: car sans Dieu et la chance, le travail de l’homme ne prospère pas. Mais quand c’est à Dieu que sont vouées la construction et la couverture, alors elles auront un déroulement heureux, viendront à bien et vaincront n’importe quelles  difficultés malencontreuses qui s’élèvent contre elles, du moins si l’on persévère avec une patience courageuse.

Les serviteurs ou compagnons de Cadmus qui furent tués par le Dragon ou Serpent représentent les mauvaises pratiques de la jeunesse, qui avec le temps sont anéanties par la sagesse (entendons par là le serpent) : car la sagesse tout-à-fait accomplie tue et anéantit beaucoup de mauvaises et sottes pensées et désirs, auxquels nous sommes attachés dans notre jeunesse étourdie et aveugle, d’avoir alors de grands plaisirs et satisfactions. Mais il arrive bien trop souvent qu’ à cause d’une jeunesse inculte et orgueilleuse ou à cause des inclinations de la jeunesse, la sagesse soit combattue, bannie des cœurs, anéantie et enlevée , comme  Cadmus le fit  au dragon.               
On doit ici comprendre que Cadmus a tué la déraison qui corrompt l’homme, contre laquelle la jeunesse, armée de la peau de lion de la vertu et de la pique de la prévoyance aiguisée, avait à combattre et en triomphant , à mettre à mort des pensées survivantes ou revenant à l’assaut, de mauvaises idées de la jeunesse elle-même en premier lieu: mais quand  on ne suit que les conseils de la raison, alors nos cinq sens et nos pensées deviennent raisonnables et dociles aux avis de la sagesse et nous aident à nous mettre sur pied toutes les oeuvres vertueuses d’un travail divin, comme la construction de Thèbes nous le montre et nous le fait connaître.

Ce féroce combat manqué du  peuple issu des dents du dragon, à l’instigation de Pallas, montre aussi que la déraison produit les guerres , mais que la sagesse produit la paix, et que la conscience intérieure (comme il est raconté) est en paix grâce à la sagesse ou aux bons enseignements de la sagesse.

De ces enseignements, Cadmus fut en partie l’auteur ou l’auxiliaire, en étant ( au témoignage de Pline et d’autres) le premier qui apporta de Phénicie en Grèce  la connaissance des seize lettres de l’ABC grec et le premier qui décrivit à leur juste mesure les événements de l’histoire : cependant quelques-uns ne veulent pas l’attribuer au Cadmus de Phénicie , mais à un Cadmus de Milet. Ainsi par la propagation de l’ art noblement utile de l’écriture ( par laquelle les connaissances utiles sont transmises par écrit et les bonnes actions conservées éternellement en mémoire) Cadmus peut bien être nommé un semeur d’hommes, lui qui obéissant d’abord à son père en cherchant sa soeur, puis à Apollon et à Pallas au prix de beaucoup de travail et de patience et enfin de beaucoup d’ennuis, obtint la belle Harmonia, le doux repos de l’âme et beaucoup de bonheur. Mais notre Poète, indiquant (comme il est dit)  que cette fable est pour l’instruction de la jeunesse, dit en conclusion: « C’est pourquoi un jeune homme doit toujours vivre d’espérance , attendant la fin [de toute chose]. Car avant le dernier jour de sa vie, personne ne doit être appelé bienheureux.»  C’est une fort belle sentence que Solon apprit aussi au roi Crésus, qui en fit son profit  dans la suite de sa vie.

 

 Traduction de Michel Wiedemann aidé de Leveke Nieuwenhuis

 

10/6/97

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Published by Aristarque - dans Mythologie

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